LA SPIRULINE
Symbole d'énergie durable.
Nous sommes à 2200 mètres d'altitude
Sur une une vallée comme suspendue dans l'espace temps
Où le ciel ne s'est pas encore tout à fait détaché de la terre et se mire dans une immense étendue de lacs, tous reliés entre eux. Plus de deux mille km² d'eaux ayant pour noms Texcoco, Xaltocan, Zumpango, Chalco et Xochimilco.
Vaste théâtre d'opérations grandioses, où ne cesseront de déferler les peuples et notamment les hordes de Chichimèques venus du nord. Où les dieux de Teotihuacan accoucheront du cosmos en donnant leur vie Où la civilisation toltèque brillera pendant huit siècles avant de s'engouffrer dans le nuit sans qu'on sache jamais exactement pourquoi ni comment.

Dans cette même vallée, régnera « le coyote affamé » ou encore « le vénérable qui va l'amble », le roi architecte philosophe, et poète Nezahualcóyotl, qui autorisera la tradition des sacrifices humains mais chantera « J'adore la couleur du jade Et le parfum entêtant des fleurs, Mais plus que tout j'aime mon frère: l'homme », qui se montrera souvent despote mais aussi souvent bienfaiteur de son peuple, qui édifiera dans Texcoco et ses environs des palais somptueux et de merveilleux jardins, qui fondera la première bibliothèque de
Mésoamérique à laquelle on pourrait dédier son poème « un recuerdo que dejo « (un souvenir que je laisse) et qui, enfin, aura cette pensée prophétique, aujourd'hui si pertinente :
« Ô mes amis, cette terre nous est seulement prêtée. »
Terre de contraste où débarquent les hommes de Cortès au 16e.Cette fois, ce sont les Aztèques qu'ils trouvent. Une bande de nomades rêvant de s'installer. Tout comme les Zapotèques ou les Totonaques et bien d'autres avant eux. Mais qui se font chasser de partout : des rives du Texcoco à celles du Colhuacán, pour revenir aux marécages du Texcoco, où ils établissent enfin leur cité aquatique : Tenochtitlán (Mexico).
Choc des civilisations ! Les Aztèques n'ont jamais vu de chevaux et les Espagnols contemplent ébahis cette poignée de semi parias qui fait surgir du maïs de l'eau. Et puis des haricots, des pommes de terre, des avocats, des goyaves, des piments, des fleurs. Mais surtout ils voient bien qu'ils ne pratiquent pas l'élevage ni ne consomment de viande. Au contraire, leur alimentation est très frugale.
Alors d'où peut bien leur venir cette étonnante vitalité ? A force d'observation, ils finissent par faire le lien avec le limon extrêmement fertile qui sert de support à la partie cultivable de leurs chinampas (réseau de canaux et de micro jardins flottants). Ils vont même constater qu'ils en font du pain en forme de galette et que ce « tecuitatl « est d'une belle couleur bleue.
C'est là que tout commence pour la spiruline. Ou presque
Car on verra encore s'écouler de longs siècles avant que ne soit apportée la preuve que cette boue possède en effet des qualités hautement nutritives. Donnons donc un petit coup d'accélérateur pour arriver aux années 60 où l'ingénieur français Hubert Durand-Chastel fait son entrée dans notre histoire en prenant la direction de la société des mines Sosa Texcoco.
Elle vient d'implanter sur le site un étang solaire d'évaporation, en forme de spirale, en vue d'extraire le carbonate et le bicarbonate de sodium. C'est alors que survient toute une série d'empêchements et de coïncidences heureuses, qui va finalement aboutir à la découverte du phénomène : une algue pluricellulaire, de 0,2 à 0,3mm de long, vieille de 3,5 milliards d'années et remarquablement vigoureuse.

Comme beaucoup de ces micro-organismes qui ont connu la genèse du monde, ce petit ressort en forme de spirale à sept tours, qui se déplace par oscillations vers l'avant, grâce à un système de filaments rameurs, tient à la fois de l'animal (dépourvue de cellulose), du végétal (productrice de chlorophylle) et de la bactérie (anucléé). Et le plus extraordinaire, c'est qu'elle se fabrique un second moyen de locomotion, sous la forme de cylindres gazeux vésiculaires, pour s'élever vers la lumière et opérer sa photosynthèse. A la fin du jour, les grandes quantités d'hydrates de carbone accumulées, exercent sur les cylindres une pression telle qu'ils éclatent et déclenchent la redescente. Cette programmation qui permet à la spiruline, alias Arthrospira platensis *, de gérer ses approvisionnements et de mesurer la durée de ses séjours (une trop longue exposition à la lumière la brûlerait), explique sans doute sa survie à travers les siècles.

Regardée sous toutes les coutures depuis qu'on a découvert ce qu'elle contenait (entre 50 et 70% d'excellentes protéines, de l'acide gamma linoléique-un acide gras essentiel oméga-6 -, une proportion étonnante de caroténoïdes (béta-carotène surtout, cryptoxanthine, lutéine, zéaxanthine
), du calcium, du fer (de 3 à 8mg pour 5g) et quantité d'autres vertus sur lesquelles on s'interroge aujourd'hui, la spiruline ne cesse de surprendre. Par exemple, la phycocyanine à laquelle elle doit sa pigmentation bleu vert, serait un précieux antioxydant et nombre de ses autres constituants stimuleraient efficacement le système immunitaire. Pour certains pays, largement pourvus sur le plan nutritionnel, elle est un atout de plus. Pour d'autres, elle est envisagée comme un allié majeur contre la faim. On y a recours depuis longtemps, comme on l'a vu en Amérique latine, mais aussi en Afrique et en Asie (Inde et Vietnam).
Autrefois, dans les régions du Lac Tchad et du Kanem les mères apprenaient à leurs filles comment récolter et transformer le précieux limon qu'on appelait le Dihé.

Les professeurs de lycée en vantaient les bienfaits nutritionnels auprès de leurs élèves (15 g de spiruline séchée égalent 100g de viande, source FAO),qui d'ailleurs, la consommaient à peu près chaque jour à la maison, dans la sauce accompagnant la boule de mil. Puis un jour, les lacs se tarirent et l'or vert disparut un temps du quotidien. Cependant les Tchadiens ne l'oubliaient pas. Dans les années soixante, on commença d'organiser un planning d'industrialisation à des fins alimentaires, mais le projet fut jugé non rentable et abandonné. En revanche, des centres de production de la spiruline furent créés pour fournir des compléments énergétiques, des produits pharmaceutiques, des colorants. Et malgré tout, l'information se propagea largement dans le monde.
Depuis les années soixante, différentes initiatives ont été prises. D'abord, un philanthrope américain, Ripley Fox, entreprit de faire le tour du monde avec sa femme pour divulguer la découverte de Durand Chastel. L'entreprise américaine Earthrise en fit un cocktail santé très consommé en Californie new age et à Hawaï.
Dans les années 90, Antenna Technology, une ONG suisse, inspirée par l'aventure généreuse des Fox, finança des programmes d'étude en Inde.
En 1999, Pierre Ancel, jeune ingénieur retraité de Gaz de France aida à débloquer des fonds pour construire à Koudougou (Burkina Faso), une unité de production capable de nourrir 3000 enfants par an. Et Patricia Bucaille, la fit connaître dans les hôpitaux de brousse.
Les méthodes d'investigation scientifique et les moyens technologiques se perfectionnant (aquaculture, algoculture). On cultive aujourd'hui la spiruline sur tous les continents. En culture extensive, comme en Californie. Ou sur de petites parcelles comme au Vietnam. Sur le millier de tonnes cultivées chaque année dans le monde, plus de la moitié viendrait du Mexique et de Taïwan.
NB : Il existe plusieurs microalgues apparentées dont certaines peuvent être toxiques. La plus largement commercialisée est l' Arthrospira platensis.Théoriquement la mention Spiruline est une garantie. Mais bien sûr, la filière bio et le logo AB sont recommandés à tous ceux qui ne souhaitent prendre aucun risque.